Lutte des classes, lutte des places, classe des luttes ?

Selon l’expression de Vincent de Gaulejac le monde de l’entreprise serait passé d’une culture de la lutte des classes à une culture de la lutte des places. Il en est fini de ces grandes envolées collaboratives au profit d’un individualisme où chacun se bat pour sauver sa place. À l’éloquence romantique de lutte des classes fait place la petitesse égoïste de la lutte des places. Sommes-nous donc condamnés à regarder cette mutation s’imposer dans nos entreprises ? Existe-t-il des lendemains qui chantent ?

Avec la montée en puissance du chômage, de la crise économique, les mentalités changent. Posséder un emploi devient un luxe, et même ceux qui sont en situation craignent de ne pas garder leur emploi, pire de subir un déclassement. L’inquiétude est forte. Et c’est seul que chacun aborde la situation. Avec les classes sociales, les collaborateurs, les travailleurs avaient au moins l’avantage d’être un groupe. Aujourd’hui chacun se retrouve seul ensemble. Cette individualisation ouvre des avantages, chacun a la liberté de choisir le destin qu’il veut se construire mais le prix est fort, le groupe avec son éthique de vue assurait un lien social, les autres me regardent et sous réserve des règles du groupe, prennent soin de moi. Aujourd’hui, l’homme animal social doit apprendre à construire seul son éthique de vie, c’est une nouvelle liberté qui lui est offerte. Mais le choix va de pair avec la peur de ne pas faire le bon choix, la peur de la responsabilité. Pire, si chacun joue sa partition, l’autre devient un étranger et dans un monde en crise, mon regard change. Le petit jeune qui arrive n’est plus celui qu’on va accompagner de notre expérience mais un jeune loup qui ne rêve que de prendre notre place. La peur gagne le lien social. Alors que faire ?

Si la lutte des classes cède la place à la lutte des places, on peut imaginer à terme que la lutte des places laisse la place à la classe des luttes, autrement à des cristallisations autour des luttes. C’est le fameux « indignez-vous ». L’idée n’est pas tant de se rebeller que de se rebeller ensemble. C’est toutes la raison d’être de la classe ou de la communauté. S’il s’agit de trouver un emploi, les études sociologiques ont montré que les liens forts et surtout les liens faibles assuraient une plus grande efficacité du projet. En meute, on chasse mieux que seul, c’est la stratégie des tribus. Il s’agit de construire les relations avec un nombre suffisamment important et diversifié, ce qui ne pose plus de problèmes avec les réseaux sociaux. Et comment faire adhérer suffisamment d’amis ? Il faut se doter d’une visibilité, s’engager dans des luttes qui nous paraissent justes, et cet engagement dans la durée nous assure une relative puis réelle réputation. La question devient pour quoi se battre, et surtout comment se battre ? Suis-je une star qui donne sa parole à ses disciples ou un militant qui interroge, répond, concoure au projet commun ? En d’autre terme, est-ce que l’on prend soin des personnes qui serait prêt à se mobiliser sur cette cause ? C’est une question d’éthique. L’objectif, dans un monde erratique, est un prétexte pour se rencontrer et recréer du lien social, avec tous les attributs du collectif. Un nouveau contrat social est en train de naitre et la responsabilité incombe à chacun, chacun peut choisir ses camarades de lutte… c’est toute la différence, la liberté ensemble.

Stéphane DIEBOLD, TEMNA

Paris, le 12 avril 2012, publié par Focus RH

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