Le présentisme tue le présent

Le présentisme est une composante culturelle des entreprises. Le temps de l’entreprise fait tout ou partie l’entreprise. Des expressions comme « premier arrivé, dernier partit » façonnent une réalité sociale, des valeurs, des façons de travailler. Mais trop de présence ne tue-t-il pas la présence ? Alors quel est le juste équilibre ? Quel est le juste temps pour que la présence reste un marqueur de motivation ?

L’histoire du présentisme est à mettre en parallèle avec histoire de quantification dans le monde de l’entreprise. Le temps est une composante de l’ADN de l’entreprise comme l’avait montré en son temps Frederick Taylor, la logique du chronomètre. Comment évaluer un collaborateur ? Le chronomètre assure un bon indicateur de performance, à condition de pouvoir quantifier le travail en des taches élémentaires reproductibles, le fameux émiettement du travail. Dans ce cas, un collaborateur qui fait des heures fait de la performance pour l’entreprise. Alors, quoi de neuf depuis le XIXème siècle ?

Aujourd’hui, dans un monde qui change, dans des métiers qui sont en forte interrogation, dans un univers dont on perd toute visibilité, que peut-on dire du présentisme ? Le présentisme frise l’absurdité, un collaborateur malade préférerait venir pour montrer sa motivation, travailler même si sa performance individuelle serait non seulement plus faible et plus fragile, mais risquerait de contaminer l’ensemble de ses collègues et d’assurer au final une baisse collective de la performance. Le présentisme est un gage de de non performance.

Aujourd’hui, avec l’adaptabilité des structures, la déverticalisation des lignes hiérarchiques, la montée en puissance de la délégation, de la responsabilité, de l’empowerment, le présentisme perd de son actualité. Il y a de plus en plus découplage entre le temps et la performance. Et de nombreuses alternative se font jour. Les entreprises acceptent de plus en plus la notion de performance sans présence, le télétravail. Juger le collaborateur sur sa seule production, tâcheron des temps modernes. Selon les enquêtes, on estime à 10 % des entreprises qui pratiquent en France le télétravail. Et ce n’est pas sans poser de nombreuse question d’organisation. Quelle que soit la régulation temps performance, la préférence tourne de plus en plus en faveur de la performance. Et il est nécessaire de créer une culture nouvelle dans l’organisation. La culture distantielle ne permet plus le contrôle au jour le jour, la culture de moyen laisse la place à une culture de résultat. Le poids des valeurs, le choc des cultures… et le présentisme est de la vielle école, de nouveaux rituels organisationnels sont à mettre en place.

Ce qui est important, ce n’est pas tant la présence physique, effective que la présence affective : la présence psychologique, la présence de l’attention, de la concentration. Le monde physique glisse vers un monde de plus en plus psychologique. Le présentisme ne présente plus les mêmes avantages pour assurer le contrôle de la performance, l’absence mentale est de plus en plus fréquente dans les entreprises. Qui n’a jamais regardé son écran en s’apercevant que finalement on était hypnotisé par la luminosité, un bugg mental. L’entreprise a un devoir de performance en transformant le présentisme en présence, tout un nouveau travail organisationnel, ce qui risque aussi de prendre du temps et de la présence.

Stéphane DIEBOLD, TEMNA

Paris, le 27 janvier 2013, publié par Focus RH

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