Une nouvelle pédagogie pour les jeunes ? Episode VI (sur VIII)

La concourance.

La concourance est la structuration de l’interaction des personnes qui concourent à la formation avec différentes postures qui vont du top down au bottom up, en passant par le pairs-à-pairs, ou peer to peer. Pour une bonne part, il s’agit de redonner la main aux apprenants pour qu’ils puissent construire ensemble ce qu’ils ont à apprendre. La pédagogie n’est pas si aisée, car il ne s’agit pas seulement d’une articulation esthétique où celui qui sait laisse dans un bac à sable les apprenants s’expérimenter mais d’apprendre ensemble. C’est une nouvelle approche pédagogique, qui consiste à accepter que le sachant ne sache pas, mais cela ne nuit en rien avec l’apprentissage de tous. C’est l’allégorie des foules intelligentes qui est bien illustrée par Francis Galton, en 1906, avec sa foire aux bestiaux, où il démontre, à son grand étonnement, que la foule de badauds sait mieux que la foule d’experts. Il s’agissait d’évaluer une bête après l’avoir simplement observé, et les non experts étaient arrivés, à la livre près, à l’évaluer, là où les experts enfermés dans leurs raisonnements étaient particulièrement éloignés du résultat. Les non-sachants sont ceux qui savent ? L’ignorance comme valeur ? Qui connait mieux les clients que les vendeurs eux-mêmes ? Il ne s’agit pas tant d’opposer les savoirs que les organiser autour d’une pédagogie qui laisse la main à chaque composante suivant les situations. L’absence de visibilité nécessite de trouver de nouveaux chemins. La théorie des signaux faibles nécessite le nombre et la diversité pour construire le savoir ensemble. Si on ne sait pas où l’on va, la pédagogie peut écrire une façon d’y aller ensemble. Cette concourance pédagogique peut être un laboratoire social pour l’entreprise pour assurer sa trans-formation et son adaptabilité. Les techniques de mobilisation et de cristallisation permettent de créer des routines innovantes dans un espace protégé, une pépinière sociale.

La nouvelle concourance nécessite de redéfinir la place du formateur, quelle est sa place ? Le modèle de Wikipedia est souvent pris en exemple, avec des experts qui sont choisis par leurs pairs en fonction non pas du savoir capitalisé mais de leur capacité à le produire. La posture du sachant n’est plus institutionnalisée, il doit faire ses preuves et le formateur l’est à durée déterminée, en entreprise, on parlerait de formateurs occasionnels, pas dans le sens amateurs versus professionnels, mais dans un sens de fluidité, adaptabilité versus fossilisation. Les professionnels de la profession ne s’enferment pas sur leur savoir, mais ils construisent en permanence de nouvelles connaissances. Le savoir stock laisse la place à un savoir flux, et le groupe devient le lieu de création et de circulation de ce flux… un nouvel angle dans la pédagogie.

Stéphane DIEBOLD, TEMNA

Paris, mardi 27 mars 2012, publié par Studyrama-Vocatis

 

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