Une nouvelle pédagogie pour les jeunes ? Episode IV (sur VIII)

Partie II Qu’est-ce qui change dans l’ingénierie ?

L’ingénierie pédagogique est une notion qui étymologiquement porte en germe une construction rationalisante, cette conception est-elle toujours aussi efficace dans ce nouvel environnement ? À cette structuration rationalisée et rationalisante de la pédagogie, certains lui préfère le design pédagogique qui reprend la notion d’organisation avec la notion de dessin, l’architecture de la formation, mais rajoute  le dessein de la formation, l’objectif, et la poétique pédagogique. Quelle forme cela peut-il prendre ? Il existe plusieurs paramètres à prendre en compte dans le design pédagogique. Sans être exhaustif, on peut retenir différentes composantes qui bougent dans cette nouvelle configuration : le séquençage, le cross canal, la concourance, le storytelling et la plasticité.Le séquençage.

Il est au cœur de l’histoire pédagogique car au fond qu’est-ce qu’une ingénierie pédagogique si ce n’est une succession de temps d’apprentissage qui, mis bout à bout, s’inscrit dans un projet avec des objectifs pédagogiques. Qu’est-ce qui va changer ? A priori le séquençage linéaire laisse place à un nouveau type de séquençage, le séquençage mosaïque. Il s’agit plus de définir un objectif et d’optimiser le chemin le plus court pour relier le point de départ et d’arrivée, mais de penser différemment le temps. Aux graphiques de GANTT ou aux méthodes de PERT, on peut imaginer un temps éclaté. Le multi tache que l’on attribue davantage à la génération Y, faire plusieurs choses en même temps, pose le problème de l’attention. L’attention n’est pas aussi soutenue dans le déroulement de chaque opération. Sandra Enlart parle de « scan » dans la capacité d’être en veille sans mobiliser toute son attention, d’autres d’apprentissages non conscients. La linéarité s’enrichie donc d’une pédagogie mosaïque ou heuristique, même si cela ne recouvre pas les mêmes réalités.

L’environnement contraint la pédagogie à changer de temps : faire plus en moins de temps, on n’est pas loin de parler de la productivité de la formation, fameux marronnier. Face à cette prise en compte de la vitesse deux remarques s’imposent. La première est l’injonction rythmique, la pédagogie doit toujours aller plus vite, mais jusqu’où ? Quelles sont les limites ? Existe-t-il un temps minimum au-delà duquel l’apprentissage ne pourrait avoir lieu ? Et si l’on change les techniques d’apprentissage, peut-on envisager un apprentissage instantané ? Aujourd’hui pour maîtriser une langue, il faut toujours, comme il y a 20 ans, 2 000 heures de pratique. Alors qu’est-ce qui bloque, la nature ou notre façon d’aborder notre nature apprenante ? Et si le temps est malléable à souhait, l’apprentissage peut-elle s’envisager en flux tendu, en temps réel, la formation in live ? La seconde remarque est que le temps affectif pose le problème de l’attention. Pour transmettre un message, et tout particulièrement avec le multitâche, il faut arriver à capter l’attention de l’apprenant. Capter l’attention devient un enjeu essentiel dans un monde fortement saturé en informations. Pour être capable d’apprendre en infobésité, il existe des écritures particulières qui doivent être construite autour de l’événement avec des pratiques comme le teasing ou le buzz qui consiste à faire monter la tension sur un moment fort de la formation, et ainsi impacté fortement la mémorisation. L’affect prend une place de plus en plus importante dans la transmission. Cette pédagogique ouvre la voie à l’event learning ou la formation événementielle. Le temps de l’apprendre devient affectif. Il en est fini de penser l’apprenant que dans sa dimension rationnelle, enfin on peut imaginer un homme plus complet, qui utilise tout aussi bien la raison que l’émotion dans le séquençage d’un projet formatif.

Stéphane DIEBOLD, TEMNA

Paris, mardi 27 mars 2012, publié par Studyrama-Vocatis

 

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