Le cerveau est-il un grand ordinateur ?

Cette vieille analogie qui compare cerveau et ordinateur est au cœur même de la théorie computationnelle de l’esprit. Il est vrai que ces théories se sont développées en même temps que les théories de l’informatique et de l’intelligence artificielle, autant de raisons de faire des passerelles. Les neurones sont-ils des puces ? Et peut-on réellement comparer le cerveau à une machine ? Le cerveau est-il « le grand intelligencieur », « le généralissime » des Chadoks ?trans Le cerveau est il un grand ordinateur ?

Sans revenir à l’origine des origines, l’idée du cerveau ordinateur a été principalement développée par Jerry Fodor, le père de la théorie computationnelle du cerveau, avec un ouvrage de référence, Le langage et la pensée en 1975. Le cerveau est considéré comme machine et ceci pour deux raison. La première est que le cerveau est un calculateur, on pourrait dire aujourd’hui que le cerveau est un algorithme. Dans l’illustration qu’en donne Jerry Fodor, le calcul est considéré comme une grammaire, sur le modèle de la programmation « si… alors », qui structure les décisions. La seconde composante est la modularité du raisonnement, la pensée est composée de sous programmes autonomes coordonnées pour assurer la cohérence, le fameux « grand intelligencieur », comme les ordinateurs. Que peut-on dire de cette conception ?

L’analogie entre cerveau et ordinateur permet une meilleur transmission de la compréhension des mécanismes du cerveau pour ceux qui connaissent l’ordinateur. Mais cela repose-t-il sur une réalité quelconque ? Le cerveau est-il un ordinateur ? La question est ontologique et épistémologique. Comment définir une chose ? Un mot, un concept, une idée est-il le reflet de la chose, même un pâle reflet ? Les mots, les concepts ou les théories ne sont que des constructions de l’esprit pour reprendre le mot d’Edgar Morin. Cette construction si l’on suit la pensée platonicienne, avec le mythe de la caverne, nous conduira à une vision de plus en plus nette de la réalité de la chose. La carte n’est pas le territoire, comme si une carte pouvait représenter les voix, les champs, les odeurs, les distances. Tout un monde échappe à la carte, force est de constater que l’intérêt d’une carte est de savoir si elle fait avancer les choses, si elle peut nous guider dans le développement de la connaissance. Autrement dit, à la question le cerveau est-il un ordinateur, on pourrait répondre : tout dépend si cela est utile à quelqu’un ou à quelque chose. Cela permet-il d’illustrer un projet, une intentionnalité ? C’est la raison pour laquelle, on ne peut pas répondre a priori à la question car comme le disait Paul Feyerabend dans son aphorisme célèbre sur la science, tout est bon, a priori.

On pourrait d’ailleurs inverser la question, l’ordinateur est-il un cerveau ? Ce qui manque encore aux ordinateurs, c’est l’affect. Mais on peut constater que les choses commencent à bouger, l’ordinateur intègre en son sein des algorithmes qui reproduisent les passions, la curiosité, la sérendipité, toute une série d’apprentissage qui le rapproche davantage encore de l’homme. Si aujourd’hui on devrait écrire une comparaison du cerveau et de l’ordinateur, ce serait davantage l’histoire de l’ordinateur qui voulait devenir un homme… voilà de quoi stimuler notre cerveau.

Stéphane DIEBOLD, TEMNA

Paris, le 13 avril 2012

 

 

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